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Les orchidées en ville
Projection-débat du 20 septembre 2012

29.09.2012 | Renaud LAURETTE

 

Plus d’une centaine de personnes se sont retrouvées à l’auditorium de la Mairie de Balma le 20 septembre dernier pour assister à la soirée proposée par l’APCVEB sur le thème des orchidées en ville.

Connaître les orchidées

Le film de Frédéric LAVAIL, "Ophrys, les orchidées des petites Pyrénées", nous a permis de découvrir une trentaine d’espèces d’orchidées sauvages, vivant à quelques dizaines de kilomètres de Toulouse. La beauté des images et la pédagogie du propos, l’une et l’autre soulignées par les intervenants au cours de la soirée, a permis de se familiariser avec la diversité de ces plantes, leurs milieux, leur mode de croissance et de reproduction, et à appréhender certaines caractéristiques permettant de les identifier.

Ce film de 45 mn a été suivi d’un bref diaporama, préparé et commenté avec passion par Gilles SALAMA, et consacré aux espèces d’orchidées présentes sur Balma. Outre la présence d’espèces spécifiques, dont certaines protégées, le diaporama a été l’occasion d’illustrer les échanges entre le groupe de travail Biodiv.Balma et les services des espaces verts de la commune ; échanges qui ont déjà permis de sauvegarder certaines stations, soit par une protection spécifique, soit par des pratiques de tonte adaptées.

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Naturalistes et politiques autour d’une même table

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Les invités lors du débat sur les orchidées en ville

Ces présentations ont permis de lancer un débat, pendant plus d’une heure, entre la salle et les invités (de gauche à droite sur la photo) :

  • Boris PRESSEQ, du Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse
  • Gilles SALAMA, du groupe de travail Biodiv.Balma
  • Jérôme CALAS, président de Nature Midi Pyrénées
  • Lionel BELHACENE, de l’association Isatis 31
  • Gérard JOSEPH, du Groupement Midi-Pyrénées des amateurs d’orchidées,
  • Antoine MAURICE, président de la commission développement durable de Toulouse Métropole
  • Frédéric LAVAIL, réalisateur du film, administrateur de Nature Midi-Pyrénées,
  • Christine BARBIER, adjointe au maire de Balma, en charge de l’Agenda 21,
  • Alexandre INSA, adjoint au maire de Balma, en charge de l’environnement et des transports
  • Jérôme GARCIA, du Conservatoire Botanique National des Pyrénées et de Midi-Pyrénées

Prendre soin de la nature c’est prendre soin de soi

Après un tour de table et un échange d’impressions sur le film et le diaporama, c’est par un témoignage qu’a débuté le débat. Agnès BEAUDEANT, infirmière à la clinique psychiatrique d’Aufrery, a expliqué comment la découverte d’orchidées protégées dans le parc de la clinique a été l’occasion d’entreprendre une réflexion avec les personnes accueillies par la clinique : "prendre soin d’une plante peut aider à prendre soin de soi". Cette démarche a permis d’identifier comment protéger ces orchidées et d’ajuster les pratiques d’entretien, en lien avec le jardinier de la clinique. D’autres actions sont à venir, telles que la création de petits panneaux d’identification des espèces.

Protéger ou créer de la biodiversité ?

Dans un secteur tel que Balma, qui voit se développer la ZAC de Gramont et appréhende déjà les constructions envisagées route de Castres, le débat est vite arrivé sur la question de la protection des espèces et de leurs milieux.

Si les opérations d’urbanisme que nous connaissons aujourd’hui prennent toutes en compte la notion d’espaces verts (c’est d’ailleurs la loi ...), de grandes différences subsistent dans la façon de traiter ces espaces.

Avoir de belles pelouses rases copieusement arrosées ou des plans de cosmos bien agencés satisfait en général le grand public, lui renvoyant implicitement l’image de jardins à la française bien ordonnés. Les naturalistes ont souvent une vision différente des aménagements à réaliser. En effet, l’agencement soigné implique souvent une préparation des terrains et l’introduction de variétés exogènes : ces deux points ont pour effet d’une part de perturber voire de détruire les milieux naturels adaptés à la faune et à la flore locale, et d’autre part d’envahir avec des plantes "étrangères" les niches écologiques des variétés indigènes.

Il faut en effet comprendre qu’un milieu détruit peu prendre des centaines d’années à se reconstruire tant certains équilibres sont fragiles ; la présence de certaines orchidées par exemple, est liée à la symbiose entre la plante et un certain champignon : déplacer la plante ou remuer la terre détruirait cet équilibre.

La préservation des milieux et des espèces est donc l’enjeu principal, car la préservation ne saurait être compensée par la création de nouveau milieux. Reste à identifier ce que l’on souhaite précisément protéger, en prenant en compte la fragilité et la rareté.

Un courage politique nécessaire

Les politiques prennent peu à peu conscience de ces enjeux, notamment par la classification de certaines zones d’un point de vue règlementaire, ou par l’acquisition de terrains à des fins de protection (certains milieux humides sur le Grand Toulouse par exemple). Mais beaucoup reste à faire.

Sur le domaine de la sensibilisation tout d’abord. Préserver des milieux consiste souvent à modérer les interventions de l’homme. Les espaces laissés ainsi naturels peuvent être perçus comme mal entretenus : pourquoi cette prairie n’est-elle pas fauchée ? pourquoi autant de broussailles dans ce sous-bois ? pourquoi des herbes hautes en ville ?

Tenir le cap d’une telle approche nécessite de la pédagogie, de la ténacité et des relais dans les milieux éducatifs et associatifs. Mais l’énergie pour franchir ce cap n’est rien à côté du courage qui est nécessaire pour faire des choix qui structureront sur le long terme la ville de demain.

Des orchidées à l’aménagement du territoire

Toulouse, devenue le Grand Toulouse, puis Toulouse Métropole, continue de croitre. Saurons-nous bien gérer cette croissance ? L’équilibrer au niveau régional ? Et au niveau local préserver la place de la nature en ville ?

Il n’est plus possible de concevoir la nature comme un paysage à l’extérieur de la ville : la croissance de la métropole condamne nombre de milieux à ces portes : terres maraichères ou agricoles, coteaux, bois, prairies, milieux humides. Un urbanisme durable se doit aujourd’hui d’intégrer la place de la nature dans son projet. Nous ne devons pas la repousser toujours plus loin mais l’intégrer en intelligente cohabitation. Cette symbiose est un enjeu de même nature que la mixité sociale : on ne résout pas les problèmes en les poussant chez le voisin, mais en apprenant le vivre ensemble.

Au delà de la préservation - essentielle - de la biodiversité, nous y gagnerons des espaces de respiration dans la métropole, des circuits courts d’agriculture et de maraichage, et des lieux de reconstruction de soi.

Construire notre avenir

C’est autour de ces réflexions que l’APCVEB poursuit son action de protection du cadre de vie et de l’environnement, en lien avec d’autres associations du Grand Toulouse, telles que celles qui se sont associées à cette soirée. A la lumière des possibilités ouvertes par le nouveau Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), les enjeux sont de taille : la mobilisation de nombreux citoyens sera nécessaire à faire bouger les lignes.

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